Ronde de nuit


La nuit je rêve.

Des gens marchent sur la tête. Ils m'apprennent la cadence. Je ne sais pas trop qui mène la troupe. J'ai du mal à suivre. J'écoute pourtant.

De talentueux chercheurs d'or empaillent les songes, en randonnant sur des côtes boursières.

Ils dé-chiffrent l'atôme et n'entendent pas le bruit de la fissure.

Circulez car il n'y a rien à voir, disent-ils.

Rentrez chez vous, rassurez vous, disent-ils, Ne vous approchez pas, gardez vos distances, organisez vos solos, n'embrassez pas le monde, ne soyez pas criminels, ne vous rencontrez pas car le loup rôde.

Rassurez-vous, nous sommes les bergers et nous rentrons chez vous,

Nous ne savons pas quoi faire d'autre, nous sommes les bergers...

N'ayez pas peur, nous avons quelques substances qui saurons vous bercer , si vous êtes trop fragiles, si vous cherchez trop à comprendre. Or, il n'y a rien d'autre que nous.

Nous avons, pour vous, organisé, votre travail à la chaîne, afin de vous laisser libre de votre temps, puis nous avons défait une à une les perles du collier car des idées folles vous venaient à l'esprit; vous souhaitiez partager le fruit de votre labeur.

Or, vous avez tant ployé sous le poids des perles que votre santé a été mise à mal, vous n'étiez pas de taille pour de tels joyaux alors nous vous en avons dépossédé.

Vous voyez, nous prenons soin de vous .car c'est nous l'or de la mangeoire dans la bergerie.

Nous comprenons votre inquiétude : parfois vous vous dites que l'ennemi est invisible et vous ne savez plus par quel biais vous défendre. Ne craigniez rien nous avons tout prévu. Nous sommes depuis toujours bien outillés.

Nous irons à la guerre s'il le faut car nous sommes les bergers et nous saurons trouver les armes. Nous vous les remettrons en mains propres, afin que vous défendiez la fierté d'être ce que nous sommes.

Vous n'arrivez pas à l'admettre ; ce refus d'évidence vous intoxique, vous êtes responsables de vos insomnies. Vous faites votre propre malheur car la voix est unique. Ecoutez- nous.

Nous couvrons la flamme, nous couvrons le feu, nous avons perdu le feu sâcré, C'est pourquoi nous préparons le brasier.

C'est la fin des amazones, la forêt brûle, la glace fond, c'est l'effet miroir.

Il en est ainsi : nous sommes sous la serre, nous la sulfatons pour que vous rendiez tranquillement ce qui sera votre dernier souffle,

D'ailleurs nous avons confisqués les semences, dans votre intérêt car vous en feriez n'importe quoi.

Si on écoutait vos chants de sirènes , il faudrait que nous laissions faire la nature. Or, voyez donc où nous en sommes : la nature vous tuera si vous n'y prenez garde. Mais Nous, nous qui sommes les bergers, nous la soumettrons.

Allons, rentrez chez vous, vous n'êtes pas de taille, vous seriez aveuglés sinon, nous survolons votre nuit pour partager les cendres dans le meilleur des mondes.

Puis je me réveille, ce n'était qu'un rêve étrange. Je retourne au jardin semer quelques fleurs...